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Paraguay
Histoire
En 1750 fut signé le traité de Madrid ou traité des limites entre les monarchies espagnole et portugaise : en échange de l'évacuation par les Portugais de la place de Colônia (espace de contrebande et de menace portugaise sur Buenos Aires, située de l'autre côté du rio de la Plata), le roi d'Espagne, qui avait pourtant accordé aux Jésuites l'administration de la zone, devait faire évacuer sept réductions situées à l'est du fleuve Uruguay et céder ce territoire aux Portugais. Le refus des Guaranis se manifesta par la Guerre des 7 réductions, de 1754 à 1756, sous l'égide du cacique (chef coutumier) et corrégidor ("président" du "conseil municipal" d'une réduction) Nicolas Neengiru.
Cet épisode conforta les rumeurs qui circulaient alors en Europe, faisant de ces réductions un véritable État dans l'État aux mains des Jésuites, exploitant les Guaranis pour parvenir à ultimement combattre à la fois les Espagnols et les Portugais. La rumeur voulait même que cet État soit gouverné par un empereur (répondant précisément, comme Neengiru, au prénom de Nicolas) et qu'il frappe sa propre monnaie (certains affirment en avoir vu des exemplaires). Tout cela ne fut pas sans influer dans la décision prise par la monarchie portugaise en 1759, puis par la monarchie espagnole en 1767, d'expulser les Jésuites des empires américains.
Un "cuartelazo", l'occupation du Quartier Général militaire à Asuncion dans la nuit du 14 au 15 mai 1811 par quelques dizaines d'hommes, est retenu comme date officielle de la proclamation de l'Indépendance. Cependant, le 17 mai, un triumvirat qui avait été constitué à la suite de cette action prit position à l'égard de la Junte qui s'était établie à Buenos Aires, "reconnaissant toujours le malheureux souverain sous les auspices duquel nous vivons (Fernand VII d'Espagne), nous unissant et nous confédérant avec la ville de Buenos Aires elle-même," etc. Le 20 juin, les membres d'une Junte désignée par le Congrès de la Province du Paraguay prêtèrent serment de n'obéir à aucun autre souverain que Fernand VII. Le 12 octobre 1811 fut signé avec Buenos Aires un traité de commerce, sur les frontières et d'amitié qui, dans son article 5, consacra la reconnaissance par Buenos Aires de l'indépendance du Paraguay. Négocié principalement par le docteur Francia, celui-ci, après avoir patiemment éliminé ses rivaux et tissé un réseau dans le pays, deviendra "dictateur" élu pour 5 ans le 3 octobre 1814. Il le restera jusqu'à sa mort survenue le 20 septembre 1840. Très controversé, son "règne", isolant presque complètement le pays du monde extérieur, a permis d'épargner au Paraguay les troubles constants qui ont agité les autres ex-colonies espagnoles et l'alphabétisation de la quasi-totalité de la population, même si l'enseignement était interdit, sauf exception, au-delà de ce que nous appellerions l'école primaire. La paix à permis à la population de jouir d'un relatif bien-être. Remplacé après sa mort par Carlos Antonio López, personnage aussi étrange, mais conscient que le pays ne pourrait demeurer éternellement fermé, celui-ci réitéra la proclamation de l'indépendance en 1842 afin de mettre un terme aux prétentions périodiques de Buenos Aires sur l'ancienne province. Il ouvrit précautionneusement les frontières, important des savoir-faire et des équipements modernes (chemin de fer, chantiers navals, etc.) et donna au pays une puissance économique sans comparaison avec celui de ses voisins. Le Congrès l'autorisa en 1856 à désigner un successeur intérimaire par pli scellé. Il décéda le 10 septembre 1862 et le successeur en question était l'un de ses fils, Francisco Solano Lopez, qu'il avait nommé à la tête de l'armée et qu'il avait envoyé conduire diverses ambassades auprès des puissances de l'époque. Il convoqua un Congrès pour le 12 octobre 1862 qui le "choisit" comme président. Fort des moyens économiques laissés par son père, il se prépara à la guerre qui devait éclater en 1865, le poids du Paraguay et son refus de plier devant les exigences du libre commerce prôné par la Grande-Bretagne, relayée par l'Argentine et le Brésil, semblaient en effet conduire à une confrontation, d'autant plus inéluctable que Francisco Solano Lopez présentait une tendance "napoléonienne" nettement plus affirmée qu'un goût pour la manoeuvre diplomatique.
Le Paraguay s'engagea dans la "Guerre de la Triple Alliance" du nom de ses trois ennemis coalisés, l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay (1865-1870). Conduite imprudemment sur le plan stratégique dès le début de la guerre, quatre années ne furent que celles d'un lent repli avant la quasi-extermination de son peuple. Défait, l'acharnement principalement des armées brésiliennes et la résistance obstinée de Francisco Solano Lopez aboutit à sa mort au combat et à la dévastation complète de la partie peuplée du pays, à la réduction de sa population à une fraction de ce qu'elle était auparavant (probablement entre un tiers et la moitié), causant un déséquilibre démographique inouï entre les sexes (un homme pour deux à quatre femmes), à tel point que la bigamie fut autorisée un temps. C'est aussi la période des enfants soldats. Il y perdit aussi des territoires qu'il contrôlait mal autour de son actuelle région à l'Est du fleuve Paraguay. Le pays, désormais, connut une existence alignée sur celle des autres pays de la région. L'économie ne se rétablit au niveau antérieur à la guerre qu'une cinquantaine d'année après. Il dût affronter une deuxième guerre, la guerre du Chaco-1932-1935. Attaqué par la Bolivie, il gagna aux dépens de celle-ci la plus grande partie du Chaco qu'elle revendiquait. En fait, la région conquise n'était contrôlé par aucun pays à l'exception de ses franges, situation fréquente entre les anciennes colonies espagnoles et portugaises d'Amérique latine, qui a donné lieu au développement de la théorie juridique dite de l'"uti possidetis" : la terre appartenait à celui qui l'occupait. L'essentiel du territoire qui lui a été alors reconnu ne comprenait pas de ressources économiques notables (la thèse largement diffusée selon laquelle elle aurait été déclenchée pour y rechercher du pétrole sous l'influence américaine ne repose sur rien de sérieux), la principale ressource, le "quebracho", un arbre à croissance lente au tronc riche en tanin alors indispensable aux industries du cuir, étant déjà sous souveraineté de fait paraguayenne et sous domination économique argentine le long du Haut-Paraguay.
C'est à partir de la fin de cette guerre que les forces politiques sous l'influence de l'Argentine puis, à moindre titre, du Brésil, regroupées, en synthèse, entre "libéraux" (les "bleus") et "libéraux nationalistes" (les "rouges" ou "colorados"), durent céder le pouvoir à des régimes militaires sous la pression notamment des anciens combattants du Chaco et du Colonel Franco qui fondera le parti "Fébrériste". L'orientation politique de ceux-ci alla d'une tendance démocratique (José Félix Estigarribia, "Général de la victoire" de la Guerre du Chaco, élu le 30 avril 1939, décédé dans un accident d'avion le 7 septembre 1940)jusqu'à une tendance influencée par l'adaptation locale du fascisme (Général Victor Morinigo, 24 décembre 1940, avec perte progressive d'influence jusqu'au 12 janvier 1947), pour déboucher, les "colorados" alors dominants, sur une période de guerres civiles (1947), coups d'état et de troubles dont sortira vainqueur au final le général Alfredo Stroessner en 1954. La dictature d'Alfredo Stroessner, qui a duré 35 ans, fut renversée en 1989 sous la pression des États-Unis. Le Brésil lui a offert l'asile politique jusqu'à sa mort en 2006. Actuellement, le parti colorado, qu'Alfredo Stroessner avait noyauté à son profit, ainsi que tous les groupes de pression (syndicats, organisations étudiantes, ordres professionnels, organisations paysannes), demeure au pouvoir au prix d'une mise au goût du jour : les élections présidentielles sont donc désormais formellement libres et, en principe, sans manipulation. Mais leur portée démocratique reste douteuse compte tenu du système de «clientèle» et de la corruption sous-jacente présente à tous les niveaux administratifs de l'état.
Des élections pour renouveler le président et les deux chambres ont eu lieu le 27 avril 2003. Nicanor Duarte Frutos, du parti Colorado, a été élu président.































