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BelgradeHistoire
Quelques dates marquent cette période agitée. En 896, les Hongrois s'emparèrent de Belgrade. En 971, l'Empire byzantin reprit la ville. Vers 976, elle fut conquise par Samuel de Bulgarie. En 1018, l'empereur Basile II réintégra Belgrade dans l'Empire byzantin. En 1096, Belgrade fut détruite par les Hongrois, mais les Byzantins en gardèrent le contrôle.
En 1076, Jérusalem était tombée entre les mains des Turcs. En 1096 et en 1147, les Croisés, en partance pour la Terre sainte, passèrent à Belgrade. En 1127, le roi Étienne II de Hongrie détruisit la ville et en récupéra les pierres pour construire une forteresse à Zemun. À son tour, en 1154, l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène détruisit Zemun et en récupéra les pierres pour reconstruire Belgrade ; le géographe et cartographe arabe Al Idrissi, de passage dans la cité, décrit Belgrade comme une ville « bien peuplée et animée »,. En 1182, les Hongrois, de nouveau, saccagèrent la ville mais, dès 1185, les Byzantins la récupérèrent par la négociation. En 1189, l'empereur romain germanique Frédéric Barberousse, un des chefs de la troisième croisade, passa lui aussi à Belgrade à la tête de 190 000 pèlerins ; la ville était devenue un champ de ruines. En 1230, Belgrade fut rattachée à la Bulgarie puis, en 1232, la ville passa à la Hongrie.
En 1284, Le premier souverain serbe à régner sur Belgrade fut Stefan Dragutin, qui avait été roi de Serbie entre 1276 et 1282. Il reçut la ville en cadeau de son beau-père le roi Ladislas IV de Hongrie. La cité intégra ainsi le royaume de Syrmie (Srem). Dragutin tenait sa cour à Belgrade ; il fit construire une cathédrale orthodoxe, symbole de la puissance et de la prospérité du nouvel État serbe.
À sa mort en 1316, son frère Stefan Milutin régna à son tour sur Belgrade. Mais dès 1319, les Hongrois s'emparèrent de nouveau de la ville et la détruisirent complètement. Belgrade devint une forteresse qui servait de tête de pont pour les Hongrois hostiles à l'expansion de l'État serbe situé plus au sud.
Au cours du XIVe siècle, les Turcs firent leur entrée dans cette partie des Balkans. Après la bataille de la Maritza en 1371 et celle de Kosovo Polje en 1389, ils conquirent le sud de la Serbie tandis que le nord résista sous la forme du despotat de Serbie. Conscient de la menace ottomane et du rempart que constituait le despotat, le roi de Hongrie Sigismond se rapprocha du despote serbe Stefan Lazarevi?. En 1403, Stefan Lazarevi?, le fils du prince Lazar, fut autorisé à faire de Belgrade la capitale du despotat. De 1403 à 1427, la ville connut une nouvelle ère de prospérité. Une citadelle y fut construite, dont il subsiste la Tour du despote, encore visible dans la forteresse de Kalemegdan. De nombreux habitants, fuyant les Ottomans, vinrent se réfugier à Belgrade ; à cette époque, on considère que la ville comptait entre 40 000 et 50 000 habitants. L'historien Dusan Batkovi? commente ainsi la portée de cette période pour la ville : « La signification de Belgrade dans l'histoire serbe ne fit qu'augmenter à mesure que se rapprochait la chute du régime du despotat serbe. Belgrade devint le symbole des efforts conjugués afin d'empêcher les Turcs de pénétrer en Pannonie et jusqu'au centre du continent européen ».
À la mort de Stefan Lazarevi? en 1327, le nouveau despote ?ura? Brankovi?, conformément aux accords passés en 1403, dut restituer la ville à la Hongrie. Smederevo, non loin de Belgrade, devint la nouvelle capitale du despotat ; ?ura? Brankovi? y fit construire une nouvelle forteresse,. Néanmoins, sous son règne, le despotat tomba presque entièrement entre les mains des Ottomans.
En 1440, le sultan Mourad II, conscient de l'importance stratégique de Belgrade pour la conquête de l'Europe centrale, à la tête de plus de 100 000 Turcs mit une première fois le siège devant la cité mais la ville résista,. En 1443, une armée fut levée et placée sous le commandement de Vladislas I Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie, qui choisit pour le seconder Jean Hunyadi et ?ura? Brankovi? ; l'armée se rassembla à Belgrade. Ses succès contre les forces ottomanes contraignirent Mourad II à temporiser. Mais son successeur, Mehmed II, reprit l'offensive. En 1453, il s'empara de Constantinople. Belgrade fut une nouvelle fois assiégée en 1456 mais la ville put encore résister, notamment grâce à Jean Hunyadi. En revanche, Smederevo tomba aux mains des Turcs en 1459 et peu après le despotat de Serbie se retrouva sous leur domination.
En 1521, Soliman le magnifique mit à nouveau le siège devant Belgrade. Le 28 août, il réussit à s'emparer de la ville, qui fut rasée,. Conformément à ses attentes, cette conquête lui ouvrit les portes de l'Europe centrale : il réussit à mettre le siège devant la ville de Vienne en 1529. Pendant 150 ans, la ville fut le chef lieu d'un sandjak, un district de l'Empire ottoman. Elle attira de nouveaux marchands et de nouveaux habitants turcs, arméniens, grecs, ainsi que des marchands venus de Raguse. On estime à 100 000 habitants la population de Belgrade au début du XVIIe siècle, ce qui en fit la deuxième ville de l'Empire ottoman après Istanbul. Elle prit progressivement l'allure d'une ville orientale, avec des bâtiments d'architecture ottomane et de nouvelles mosquées. Cet aspect oriental frappera encore les voyageurs du XIXe siècle.
La ville fut touchée par une révolte serbe majeure qui eut lieu en 1594, la révolte du Banat, et qui fut écrasée par les Turcs. Pour impressionner la population, le pacha de Belgrade ordonna que l'on fît venir les reliques de Saint Sava qui reposaient au monastère de Mileseva ; le 24 avril 1594, elles furent brûlées en public sur le plateau de Vra?ar (aujourd'hui un quartier de Belgrade). À l'emplacement de ce bûcher s'élève l'actuel temple de Saint Sava.
Après l'échec des Ottomans devant Vienne en 1688, le duc Maximilien-Emmanuel de Bavière s'empara de Belgrade. Les Turcs reprirent la ville en 1690. En 1717, le Prince Eugène de Savoie conquit la ville à nouveau. Entre 1723 et 1736, Nikola Doksat y construisit la forteresse de Kalemegdan. Mais par le traité de Belgrade, signé le 18 septembre 1739, les Habsbourgs rendirent la ville aux Turcs. Par deux fois, les Ottomans punirent la population de la ville en se livrant à des destructions,. Dans les deux cas, la reconquête par les Turcs s'accompagna d'une importante émigration serbe : des populations nombreuses, fuyant la région de Belgrade, vinrent s'installer en Autriche, en Voïvodine et en Slavonie,.
En 1789, lors de la guerre austro-turque de 1788-1791, le maréchal Ernst Gideon von Laudon s'empara à nouveau de la ville. Mais par le traité de Svishtov (1791), Belgrade fut une nouvelle fois restituée aux Ottomans. En échange, les janissaires durent quitter le pachalik de Belgrade.
En 1799, pour calmer l'agitation qui secouait son empire, le sultan Selim III autorisa le retour des janissaires dans le pachalik de Belgrade. En 1801, de plus en plus indépendants, ces janissaires tuèrent le pacha Hadji Mustafa et multiplièrent les exactions. Pour réprimer les révoltes naissantes, le 4 février 1804, ils firent arrêter et tuer 70 notables serbes. Cet événement, connu sous le nom de "Massacre des notables" ou "Massacre des Princes" (se?a knezova), fut en fait à l'origine de la première révolte serbe contre les Turcs (1804-1813),. Le 8 janvier 1806, Belgrade fut libérée par les rebelles serbes commandés par ?or?e Petrovi?, plus connu sous le nom de Karageorges (Georges le Noir). En 1807, le Praviteljstvujus?i Sovjet (gouvernement serbe) se réunit à Belgrade et, en 1811, les ministres s'y établirent. En 1808, l'écrivain Dositej Obradovi?, y fonda la première Haute École, ébauche de ce qui allait devenir l'université de Belgrade. En revanche, après l'échec de cette première révolte, la ville fut reprise par les Tucs en 1813.
La répression qui s'ensuivit donna lieu en 1815 à une seconde révolte conduite par le prince Milos Obrenovi?. À l'issue des négociations, les Turcs conservèrent la forteresse de Kalemegdan, mais la Serbie devenait de facto une principauté autonome à l'intérieur de l'Empire ottoman,. En 1818, Kragujevac, et non Belgrade, fut choisie comme capitale de la nouvelle Principauté de Serbie. Le sultan Mahmoud II reconnut officiellement l'autonomie de la Serbie en 1830.
L'autonomie de la Serbie ouvrit pour Belgrade une période de mutations. Des bâtiments importants y furent construits comme la résidence kneginja Ljubica (1829-1831), la résidence Milosev (1831-1834), dans le quartier de Top?ider, ou encore la cathédrale Saint-Michel (1837-1840). Outre ses fonctions économiques, Belgrade devint un important centre culturel. En 1831, la première imprimerie y fut installée et, en 1835, le journal "Novine Srpske" commença à y paraître. La Faculté de Théologie et le premier Lycée y furent créés et la ville attira des intellectuels de premier plan comme Vuk Stefanovi? Karad?i?, le grand réformateur de la langue serbe, Jovan Sterija Popovi?, un dramaturge célèbre, Joakim Vuji?, lui aussi dramaturge et écrivain, ou encore Dimitrije Davidovi?, qui fut journaliste, ministre de Milos Ier Obrenovi? et, dans ces fonctions, l'instigateur de la Bibliothèque nationale de Serbie.
En 1867, le prince Michel III Obrenovi?, le fils du prince Milos, obtint le départ définitif des Turcs de la forteresse de Kalemegdan après 346 ans de domination et Belgrade devint officiellement la capitale de la Principauté. La Serbie devint indépendante en 1878 sous le règne du prince Milan IV Obrenovi?, qui devint roi de Serbie en 1882 sous le nom de Milan Ier.
Le départ définitif des Turcs et l'indépendance accélérèrent l'occidentalisation de Belgrade, notamment sur le plan de l'urbanisme. La rue Knez Mihailova fut ouverte à la place d'anciennes rues tortueuses et elle relia la forteresse de Kalemegdan à la ville ; la Place de la République (Trg Republike) fut créée en 1866. De nombreux bâtiments furent construits dans un style européen (banques, bâtiments officiels...). La ville connut un développement industriel important. En 1884, elle fut reliée par chemin de fer à Nis, la deuxième ville de Serbie par son importance ; l'électricité y fut installée. D'importantes institutions culturelles virent le jour comme le Musée National en 1844, le Théâtre National en 1869 ou encore l'Académie serbe des sciences et des arts en 1886. Auguste et Louis Lumière donnèrent à Belgrade la première séance de cinéma des Balkans et d'Europe centrale en juin 1896. Johann Strauss II y joua la même année.
En 1900, la capitale ne comptait que 69 100 habitants. Mais en 1905 elle en comptait déjà plus de 80 000 et, à la veille de la Première guerre mondiale, elle dépassait déjà les 100 000 habitants, sans compter Zemun qui appartenait encore à l'Autriche-Hongrie,.
Il existait un antagonisme important entre le Royaume de Serbie, qui souhaitait réaliser l'unité tous les peuples slaves des Balkans à l'intérieur d'une Grande Serbie, et l'Empire d'Autriche-Hongrie, présent dans la région, et souhaitant, notamment, poursuivre son avancée dans la vallée du Danube jusqu'à la mer Noire. Le 28 juin 1914 Gavrilo Princip, un anarchiste serbe né en Bosnie assassine à Sarajevo l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône impérial d'Autriche-Hongrie. La Serbie refusant d'ouvrir son territoire à des enquêteurs autrichiens, cet événement déclencha la Première guerre mondiale.
Le 29 juillet 1914, des monitors de la marine austro-hongroise bombardèrent Belgrade et, le 30 novembre, la ville fut prise une première fois par le général Potiorek avant d'être libérée par le maréchal Putnik le 15 décembre. Le 9 octobre 1915, Belgrade fut prise une nouvelle fois par les troupes allemandes et autrichiennes commandées par August von Mackensen ; la bataille avait fait rage plusieurs jours et la ville avait subi de nombreuses destructions.
Belgrade fut finalement libérée le 1er novembre 1918 grâce à une armée franco-serbe commandée conjointement par le maréchal Louis Franchet d'Espérey et le prince héritier Alexandre de Serbie. À la fin de la guerre, la Serbie avait perdu 28% de sa population, tandis que Belgrade était la ville du pays qui avait subi le plus de destructions.
En 1918, Belgrade devint la capitale du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes (proclamé à Zagreb), puis, en 1929, celle du Royaume de Yougoslavie. La ville se modernisa et connut une importante croissance démographique. Elle incorpora la ville de Zemun qui était restée autrichienne jusqu'à la guerre ; en 1931, elle comptait 239 000 habitants et, en 1940, elle en comptait 320 000, la population augmentant en moyenne de 4,08% entre 1921 et 1948. En 1927, fut ouvert le premier aéroport de Belgrade et, en 1929, sa première station de radio commença à émettre. Le pont de Pan?evo, qui franchissait le Danube, fut ouvert à la circulation en 1935.
Le 25 mars 1941, sous la pression d'Hitler, le président du Conseil Dragisa Cvetkovi? et son ministre des Affaires étrangères signèrent à Vienne l'adhésion de la Yougoslavie au Pacte tripartite, rangeant ainsi le pays au côté des puissances de l'Axe ; par cet accord, le prince Paul, régent du royaume, espérait tenir le royaume à l'écart de la Seconde guerre mondiale. À Belgrade, cette décision suscita immédiatement de nombreuses et importantes manifestations de rue ; et, le 27 mars, avec l'appui de la Grande-Bretagne, un coup d'État, conduit par le général Dusan Simovi? et organisé par le général Borivoje Mirkovi?,, força le prince Paul à quitter le pouvoir et installa sur le trône le roi Pierre II avant sa majorité.
Par voie de conséquence, le 6 avril 1941, Belgrade, pourtant déclarée ville ouverte, fut bombardée par la Luftwaffe, bombardement qui fit au moins 2 274 morts ; la Bibliothèque nationale de Serbie fut incendiée, ce qui provoqua la destruction de dizaines de milliers de livres rares parmi lesquels figuraient de précieux manuscrits du Moyen-Âge,. La Yougoslavie fut envahie et, le 17 avril 1941, la capitulation du royaume fut signée à Belgrade. La Serbie et le Banat furent placés sous l'autorité des Nazis, une Croatie indépendante fut créée, tandis que le reste du royaume fut partagé entre les diverses puissances de l'Axe ; le gouvernement royal partit en exil à Londres et un gouvernement dirigé par le général Milan Nedi? fut installé à Belgrade par les nazis.
Très vite la résistance s'organisa autour de deux hommes : Dra?a Mihailovi?, un fidèle partisan de la monarchie, coordonna l'action des tchetniks (à partir de mai 1941) ; Josip Broz Tito fut à la tête des partisans communistes (à partir de juillet 1941). En représailles à la guérilla qui s'installait, à l'automne et au cours de l'hiver 1941, le général Franz Böhme, le gouverneur militaire de la Serbie, fit arrêter et tuer de nombreux Belgradois et, en particulier, des membres de la communauté juive ; sa "règle" était d'exécuter 100 Serbes ou Juifs pour tout Allemand tué.
Le 6 avril 1944, les Alliés bombardèrent Belgrade, faisant environ 1 160 morts. La ville resta occupée par les nazis jusqu'au 20 octobre 1944, date à laquelle, avec l'accord de Churchill, elle fut libérée par les Partisans communistes et par l'Armée rouge. Pendant la guerre, Belgrade avait perdu environ 50 000 habitants et souffert d'importants dommages matériels.
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