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Économie
Le compromis n'est pas un moyen terme bâtard ou un mélange confus en rejetant les extrêmes et en gardant le reste et encore moins un « juste milieu » mythique et mystérieux. C'est une stratégie double, par excellence, qui consiste à mener des actions sur ces deux voies extrêmes en même temps et au même lieu.
Les Annales de la Chine impériale nous ont fourni un exemple illustratif historique d'un compromis chinois (Maurice Durand, 1952, « Miroir complet de l'Histoire du Viet », École Française d'Extrême-Orient, Hanoi). Dans une correspondance diplomatique, pendant les années 258-112 avant J-C, entre une impératrice Han et le vieux Trieu Da, général chinois qui s'était fait lui-même roi et plus tard empereur du pays des Viêts, l'impératrice exprima son regret d'avoir à faire verser un sang valeureux de part et d'autre, uniquement parce que Da se disait aussi empereur. Ce dernier répondit qu'il avait été obligé de prendre ce titre parce que ses deux vice-rois s'étaient faits « rois ».
La question fut réglée par un remarquable compromis typiquement chinois : le roi vietnamien se ferait appeler « empereur » dans son propre pays, mais il utiliserait le titre de « roi » dans ses relations avec les autres pays. Cet incident fondateur du Viêt Nam historique explique peut-être les confusions des auteurs postérieurs qui désignèrent alternativement les souverains du Viêt Nam comme « rois » et comme « empereurs ». La question de Taïwan à l'ONU fut réglée à la manière de ce compromis typiquement chinois à la satisfaction de tous.
Taïwan, malgré son insularité (comme Hong Kong et Singapour) et sa position de Chine périphérique, se présente de façon bien différente par le statut auparavant revendiqué et controversé de « République de Chine » qui lui a valu une aide économique et politique généreuse des États-Unis et une bienveillance de leurs alliés. Aide et bienveillance que Taïwan a voulu et su utiliser à son profit, contrairement à beaucoup d'autres pays qui ont bénéficié, à divers degrés, de cette aide et de cette bienveillance accordées au nom d'un anticommunisme militant de la guerre froide.
Comme pour la plupart des autres provinces chinoises, le peuplement de Taïwan se fit par vagues successives à travers l'envahissement, l'assimilation et la sinisation des populations indigènes. Ce peuplement a fondé une économie rurale classique à la chinoise, rizicole et maraîchère, complétée par des pêcheries. L'industrialisation s'est effectuée avec l'occupation japonaise d'environ un demi-siècle qui, après 1945, a laissé une infrastructure industrielle et intellectuelle. L'essor économique de Taïwan fut lancé par une réforme agraire réussie et une aide généreuse des États-Unis au refuge des « nationalistes » chinois de Tchang Kaï-chek.
Cette réforme agraire réussie et cette aide économique généreuse ont permis à la paysannerie de devenir de petits propriétaires, de s'enrichir et de constituer un marché interne assez volumineux qui a lancé une industrie légère de transformation pour satisfaire la demande solvable intérieure en biens de consommation et en biens d'équipement et ensuite se tourner vers l'exportation des produits de première nécessité et des machines aratoires motorisées légères d'abord et lourdes ensuite. Cette paysannerie enrichie devenant des petites et moyennes entreprises qui constituent un réseau enchevêtré de sous-contractants en contractants se propageant et se liant de proche en proche à la base des grandes entreprises et des mégastructures comme « Evergreen », par exemple, selon une sociabilité rampante qui persille et traverse les grandes organisations géométriques qui ne sont que des parties émergées et visibles à la surface.
Une imagerie rustique et rurale de cette politique, de cette stratégie et de cette structure est celle de l'arbre avec ses racines qui assurent la solidité et l'ancrage, son tronc et sa ramure, puisant par les racines l'eau et les sels minéraux d'un bord et les transformant en matières nutritives de l'autre à la lumière. Cette imagerie est représentative des valeurs agrariennes débarrassées des dogmes confucianistes qui président aux politiques, stratégies et tactiques technico-commerciales taïwanaises à base de sociabilité dans la propagation épidémique de proche en proche sur le terrain, de la constitution de bas en haut et de la valeur d'usage et la coopération qui enveloppent, contraignent, orientent, délimitent et médiatisent la valeur d'échange et la compétition.
Ces politiques, ces stratégies et ces tactiques se rapportent à la fois à la conception, la production, la commercialisation et la pénétration d'un marché par inondation des basses terres pour isoler et atteindre les sommets qui deviennent des îles, îlots et islets, selon une imagerie aussi rurale et rizicole. Dans la production industrielle, au départ, Taïwan fabriquait un peu de tout pour les industries japonaises et, en se développant, Taïwan est devenu le maître d'oeuvre et le client des petites entreprises de Hong Kong, de Singapour et d'ailleurs qui, à leur tour, organisent, coordonnent et distribuent la production d'une multitude d'ateliers familiaux directement sur place comptant un effectif d'une dizaine de personnes ou dans des contrées qui sont devenues de plus en plus des contractants et sous-contractants de ces nouveaux pays industriels d'Asie. La tactique technico-commerciale de Taïwan consiste en une succession de vagues dont la première est de fournir en grande quantité des produits simples, bien faits et à prix modiques à la consommation de base pour se faire bien connaître, la deuxième consiste en composants anonymes des grandes marques, la troisième en accessoires obligés des produits de prestige aussi bien sur le marché civil que le marché militaire des armements.
Bibliographie
Thanh H. Vuong, Stratégies technico-commerciales asiatiques, dans Études Internationales, Vol. XXII, No.3, pp. 551-575, septembre 1991.
Thanh H. Vuong & Jorge Virchez, Communauté Économique de l'Asie Pacifique. Essai d'anthropolgie économique et de géographie politique, Presses Inter Universitaires, Cap Rouge, QC, 2004
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